Cinq considérations relatives aux systèmes pharmaceutiques : un lien crucial dans la couverture sanitaire universelle
Cinq considérations relatives aux systèmes pharmaceutiques : un lien crucial dans la couverture sanitaire universelle
![[Des mères vont chercher des médicaments dans une pharmacie d'hôpital au Kenya. Crédit photo : Mark Tuschman]](https://msh.org/wp-content/uploads/2020/12/mkt0669_817px.png)
Alors que nous célébrons la Journée de la couverture sanitaire universelle (CSU) ce mois-ci, les pays continuent de lutter contre la propagation de la COVID-19. Le manque de traitements efficaces et de capacités de dépistage au début de la pandémie a brutalement rappelé que l'accès à des produits médicaux sûrs et abordables est essentiel pour garantir la santé de tous. Avec l'arrivée de nouveaux traitements et outils de diagnostic, la capacité des systèmes pharmaceutiques à fournir des produits et services médicaux à la population est particulièrement préoccupante dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI). Les pénuries chroniques de médicaments, leur faible qualité et leur coût élevé alourdissent le fardeau des patients et des systèmes de santé dans les PRFI, où jusqu'à 60 % des dépenses de santé sont consacrées aux médicaments, principalement à la charge des patients . Les ménages les plus pauvres consacrent jusqu'à 9.5 % de leurs revenus aux médicaments au moment des soins , ce qui les rend vulnérables à la pauvreté.
La pandémie souligne l'importance de l'appel mondial lancé aux États membres de l'ONU pour qu'ils s'orientent vers la CSU, l'idée que tout le monde, partout, devrait avoir accès à des soins de santé abordables, y compris des médicaments et des services essentiels sûrs, efficaces, de qualité et abordables. Cet objectif nécessite d'adopter une approche systémique des médicaments et des services connexes.
Que faudra-t-il pour créer des systèmes pharmaceutiques solides ?
Un système pharmaceutique solide et résilient exige de dépasser une vision réductrice des médicaments, considérés uniquement comme des intrants et des produits de consommation. Les composantes d'un système pharmaceutique – structures, personnel, ressources et processus, ainsi que leurs interactions au sein du système de santé global – sont interdépendantes et chacune doit fonctionner correctement pour soutenir le système dans son ensemble. Le programme MTaPS (Médicaments, Technologies et Services Pharmaceutiques) de l'USAID aide les pays à renforcer leurs systèmes pharmaceutiques dans leur transition vers la couverture sanitaire universelle, grâce à une approche holistique qui s'appuie sur les structures existantes, y compris le secteur privé.
Sur la base de notre expérience dans le renforcement des systèmes pharmaceutiques dans des dizaines de pays dans le cadre de programmes financés par l'USAID depuis plus de 20 ans, nous partageons quelques considérations clés avec des exemples de systèmes habilitants qui répondent de manière adéquate aux besoins des personnes en matière de soins de santé.
1. Renforcement des politiques, des lois et de la gouvernance
Une bonne gouvernance est essentielle pour qu'un pays puisse structurer la priorisation, l'enregistrement, la sélection, l'approvisionnement, la distribution et le remboursement de ses produits médicaux, et lutter contre la corruption. Le programme MTaPS aide les pays à renforcer la gouvernance de leur secteur pharmaceutique. Par exemple, il soutient les autorités nationales de réglementation des médicaments du Népal, du Mozambique et du Rwanda dans le déploiement de l' outil d'évaluation comparative mondiale de l'OMS pour une réglementation plus efficace des produits médicaux . Ces structures renforcées permettront une meilleure gouvernance, garantissant l'accès à des médicaments sûrs, efficaces et de qualité, et protégeant les patients.
2. Financement : comment payer les médicaments ?
Étant donné que les produits médicaux représentent une part importante des dépenses publiques, les décideurs politiques doivent mobiliser des ressources suffisantes pour financer la santé, y compris les produits médicaux, centraliser ces ressources afin de répartir les risques financiers et sanitaires, définir les droits (qui a droit à quel produit médical et quel est son coût, le cas échéant), et enfin, allouer efficacement et systématiquement les ressources adéquates et définir les mécanismes d'approvisionnement et de distribution des produits médicaux. Cette dernière fonction est particulièrement importante car les médicaments et les questions pharmaceutiques contribuent fortement aux inefficiences des systèmes de santé, représentant jusqu'à 30 à 40 % de l'ensemble des dépenses de santé . L'intervention des pouvoirs publics dans les pays à revenu faible et intermédiaire est essentielle pour réduire les dépenses directes des ménages et protéger leurs populations contre la pauvreté et les risques financiers. Le programme MTaPS soutient les stratégies visant à optimiser le financement afin de mieux utiliser les ressources, de renforcer les processus systématiques de définition des priorités, de réduire les dépenses directes des ménages et de financer et gérer adéquatement les médicaments essentiels. Le MTaPS a récemment lancé la « Feuille de route pour la définition systématique des priorités et l’évaluation des technologies de la santé (ETS) », un guide pratique pour la mise en œuvre réussie de l’ETS dans les pays à revenu faible et intermédiaire, ouvrant la voie à une couverture sanitaire universelle durable et à l’autonomie. Le MTaPS définit également des méthodologies pour renforcer la capacité des pays à collecter, analyser et utiliser les données sur les dépenses pharmaceutiques afin d’obtenir une vision plus complète des dépenses réelles consacrées aux médicaments et d’éclairer la prise de décision. Au Burkina Faso, par exemple, une étude exploratoire des méthodologies permettra d’élaborer des lignes directrices pour aider les équipes chargées des comptes de santé à suivre plus précisément les dépenses pharmaceutiques au sein de leurs systèmes.
3. Services pharmaceutiques réactifs et centrés sur le patient
Les bons résultats du traitement dépendent de services pharmaceutiques centrés sur le patient qui garantissent que les produits médicaux sont prescrits, dispensés et utilisés de manière appropriée. L'utilisation appropriée des produits médicaux améliorera non seulement la santé, mais améliorera également la qualité et réduira l'inefficacité puisque les patients reçoivent le bon produit médical dans la bonne formulation et la bonne dose, au bon moment et pour la bonne durée. Les antibiotiques, par exemple, sont souvent mal utilisés et surprescrits, ce qui entraîne une résistance galopante aux médicaments et un gaspillage de ressources limitées. L'amélioration des services pharmaceutiques peut aider à garantir de meilleurs résultats pour les patients et à réduire l'utilisation inutile de médicaments. À cette fin, MTaPS forme les travailleurs de la santé en Tanzanie sur les dernières normes de soins pour améliorer la qualité et l'efficacité. Pour optimiser l'utilisation des antibiotiques, MTaPS travaille dans 11 pays pour mettre en œuvre des programmes de gestion des antimicrobiens.
4. Informations opportunes et adéquates pour améliorer l'efficacité du système
Dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, les systèmes pharmaceutiques souffrent d'un manque de données et d'accessibilité. Au Bangladesh , où 50 % du matériel médical est sous-utilisé pour diverses raisons, MTaPS soutient un système de gestion des actifs permettant de suivre le matériel. Ce système, testé dans 12 hôpitaux de district, sera déployé à l'échelle nationale. Grâce à ce nouveau système, le ministère de la Santé du Bangladesh sera mieux à même de suivre, de déployer et d'entretenir le matériel, ce qui permettra d'améliorer l'efficience des coûts. L'optimisation de l'utilisation des ressources existantes et la réduction du gaspillage aideront le pays à progresser vers une couverture sanitaire universelle.
5. Tirer parti des partenariats avec le secteur privé
Un partenariat public-privé engagé peut contribuer à tirer parti des compétences et de l'expérience des collectivités locales. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, la part des services de santé privés varie de 29 % à 73 % . L'intégration des cliniques et pharmacies privées aux efforts nationaux de santé publique permet d'exploiter les ressources du secteur privé, facilement disponibles mais sous-utilisées, pour la prestation de services pharmaceutiques. Les interventions nécessaires à une utilisation efficace du secteur privé dépendent de la répartition actuelle des services publics et privés, de la part du secteur privé dans la prestation de services et du degré de dépendance du secteur public vis-à-vis des paiements privés.
Conclusion
Avec des défis majeurs dans les PRFI liés aux pénuries de produits médicaux, à la faible qualité et au coût élevé, la CSU n'est pas possible sans garantir l'accès à des produits médicaux sûrs, efficaces, de qualité et abordables. Ceci, à son tour, nécessitera une approche systémique et un abandon d'une vision étroite des médicaments en tant qu'intrants et produits de consommation. La pandémie mondiale a servi de loupe qui a mis à nu le rôle fondamental que jouent les produits et services médicaux dans les systèmes de santé et dans la détermination des résultats pour la santé. Pour atteindre avec succès et de manière durable la CSU d'ici 2030, nous devons nous engager à mettre en place des systèmes pharmaceutiques solides et résilients. La connaissance des considérations clés des partenariats avec le secteur privé, une gouvernance solide, un financement optimisé, des systèmes d'information et des services pharmaceutiques améliorés peuvent nous aider à y parvenir.