Approche systémique d’amélioration du suivi de la grossesse chez les femmes enceintes à Cobly

 {Crédit photo : Abdougafarou Mamam, Médecin Chef}Le personnel de la maternité de Cobly en train de sensibiliser les femmes enceintes sur les signes de danger lors de la grossesse.Crédit photo : Abdougafarou Mamam, Médecin Chef

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Le Bénin est un pays avec une disponibilité de services de santé maternelle, néonatale, et infantile très hétérogène. Le Service Availability and Readiness Assessment de 2018 indique ainsi que le pourcentage d’établissements offrant des services, comme la planification familiale ou les soins préventifs pour les enfants, se situe au-dessus de 70%. Malheureusement, des lacunes importantes sont constatées s’agissant des soins obstétricaux complets pour lesquels seuls 7% des établissements offrent ces services. Dès lors, le renforcement des capacités des prestataires de soins et services de santé constitue un des piliers stratégiques d’amélioration de l’offre des services de qualité dans les structures sanitaires.

Une aide concrète et sur le terrain pour renforcer les capacités des agents  

C’est dans ce cadre que le Projet Integrated Health Services Activity de l’USAID a mis en place une stratégie majeure de supervision des agents de santé des zones sanitaires (ZS), grâce à l’approche de formation sur site et de supervision formative (FSSF) dont le but est d’évaluer et de corriger les lacunes identifiées dans l’offre des services.

Dans la ZS de Tanguiéta-Matéri-Cobly (TMC), située dans le département de l’Atacora, à l’issue de cette mission FSSF dans le centre de santé communal de Cobly, une très faible couverture des consultations prénatales (CPN) a été constatée. Pour la première CPN (CPN1), le taux de couverture était évalué à 21% en 2018, contre 99% attendu au niveau national. Le même constat était observé pour la quatrième CPN (CPN4) avec une couverture de 9% pour la même année contre 34% attendu au niveau national.

Le manque de compétences des agents de santé pour promouvoir le calendrier des CPN, une sensibilisation insuffisante sur l’importance du bilan prénatal et des CPN au niveau communautaire ainsi qu’un coût trop onéreux du bilan prénatal sont autant d’explications de ce faible résultat.

Face à ce constat, le personnel de l’Activité et les coaches de la ZS ont formulé une série de recommandations et d’actions à mettre en œuvre. En premier lieu, les coaches travaillant avec les agents de santé ont utilisé la liste de vérification des normes de soins FSSF pour identifier des lacunes et mettre en place un plan d’amélioration de la qualité en se concentrant sur la formation en situation réelle des prestataires lors de l’examen physique en obstétrique ainsi qu’en confectionnant des guides portant sur les facteurs de risque chez les femmes enceintes ou encore les éléments de diagnostic et de prise en charge des pathologies obstétricales fréquentes. De plus, les coaches ont conseillé les agents sur les produits à acquérir comme des tensiomètres ou encore des poubelles.

D’autre part, les coaches ont également mis l’accent sur la nécessité d’une plus grande sensibilisation des communautés sur l’importance d’effectuer toutes les CPN et de réaliser le bilan prénatal en laboratoire. Grâce à ce travail, le Médecin Chef décida que désormais une technicienne de laboratoire se déplacerait dans les zones difficiles d’accès afin de permettre aux femmes enceintes de réaliser le bilan prénatal à proximité de chez elles.

Enfin, conscient qu’une baisse du prix du bilan prénatal était nécessaire pour accompagner ces efforts, les coaches et les membres de la zone sanitaire ont effectué une révision du bilan prénatal en laboratoire afin de réduire son coût pour les femmes ne pouvant payer un bilan sophistiqué tout en maintenant l’analyse des données biologiques clefs contrôlant correctement leur état de santé. La ZS accepta de soutenir financièrement les femmes incapables de payer le prix complet du bilan en le subventionnant, permettant de réduire le prix restant à payer par les femmes de 11 200 francs CFA (environ 20 dollars américain) à 4 500 FCFA (environ 8 dollars).

[Femmes enceintes attendant d’effectuer la CPN. Crédit photo: Elodie Nouemou, Aide-Soignante à la maternité du CS Cobly]Femmes enceintes attendant d’effectuer la CPN. Crédit photo: Elodie Nouemou, Aide-Soignante à la maternité du CS Cobly

Des résultats au rendez-vous des investissements effectués

L’ensemble de ces actions ont permis un effet positif à la fois sur le nombre de femmes honorant le bilan prénatal et les consultations prénatales. Sur l’ensemble des femmes ayant effectué la première consultation prénatale, la proportion des femmes enceintes ayant effectué le bilan prénatal a régulièrement augmenté de 9% en 2018, à 11% en 2019, puis 13% en 2020. S’agissant des CPN, les résultats sont encore plus marquants. La couverture de la CPN1 est passée de 21% en 2018 à 42% en 2019 puis est restée stationnaire à 42% en 2020, bien qu’il ne s’agit là que des données sur les six premiers mois de 2020. Pour la CPN4, la couverture est passée de 9% en 2018 à 27% en 2019 ; soit une performance triplée en un an. Bien qu’à la fin des six premiers mois de l’année 2020, cette couverture est passée à 21%, cette baisse enregistrée pour la CPN4 et l’état stationnaire pour la CPN1 pourraient s’expliquer par la baisse globale de la fréquentation des services de santé induite par la pandémie de la COVID-19. En effet, la fréquentation des services de santé est passée de 73% en 2019 à 65% en 2020 dans la ZS TMC.

Même s’il faut reconnaître que des efforts restent à faire pour atteindre les objectifs nationaux, les progrès enregistrés sont salutaires et démontrent l’importance d’une approche systémique avec la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes et l’investissement du secteur public pour sa réussite.

Le personnel de santé de la formation sanitaire a accueilli favorablement le soutien apporté par la zone sanitaire et les résultats obtenus. Le Médecin Chef de la commune indique ainsi que « le nombre [de CPN1] a presque doublé pour certains mois. Cela nous rassure sur les soins de qualité que nous délivrons dans nos centres. »

A ce constat s’ajoute celui de la Sage-Femme Responsable qui indique ainsi « Nous remercions nos supérieurs d’avoir accepté de réduire le coût du bilan prénatal, car cela amène beaucoup de nos femmes enceintes à faire ces bilans, ce qui permet de détecter à temps d’éventuels problèmes, en vue d’une prise en charge précoce. Cette décision de réduction du coût du bilan prénatal en laboratoire ainsi que les séances de supervision formative sur site se focalisant sur le respect du calendrier par les gestantes, ainsi que les nombreuses séances de sensibilisation organisées de façon périodique par les agents de santé auprès des communautés a permis un impact rapide sur le taux de couverture de nos CPN. »