Transition d'une main-d'œuvre de la santé dans le département du Sud-Est d'Haïti

09 février 2023

Transition d'une main-d'œuvre de la santé dans le département du Sud-Est d'Haïti

Les travailleurs de la santé sont l'épine dorsale d'un système de santé solide, et il est crucial de stabiliser le personnel de santé grâce à un financement fiable et à des stratégies de gestion efficaces. Mais en Haïti, le financement durable des ressources humaines pour la santé reste l'un des plus grands défis auxquels est confronté le système de santé local, en particulier pour la prise en charge des patients atteints du VIH.

Haïti s’est engagée à respecter la stratégie 95-95-95 de l’ONUSIDA : 95 % des personnes vivant avec le VIH devraient connaître leur statut sérologique ; 95 % de celles qui connaissent leur statut devraient être sous traitement ; et 95 % des personnes sous traitement devraient avoir une charge virale indétectable. Or, le pays accuse un retard sur tous ces indicateurs. Le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) a indiqué que les données les plus précises sont de 79-75-64 (Source : Base de données du Système de suivi et d’évaluation et de surveillance intégrée/MESI, mars 2021).

Pour atteindre ces objectifs, il est essentiel que les établissements de santé conservent leur personnel et se préparent aux défis économiques qui pourraient entraver les progrès futurs. Actuellement, 90% du personnel en Haïti travaillant dans le domaine du VIH/SIDA sont payés à plein temps par le Plan d'urgence du Président américain pour la lutte contre le SIDA (PEPFAR). Si ce financement des donateurs devait soudainement prendre fin, les efforts pour atteindre les objectifs de développement durable liés à la santé, y compris l'initiative 95-95-95 de l'ONUSIDA, seraient gravement compromis. Plus important encore, d'innombrables personnes vivant avec le VIH/SIDA en Haïti perdraient l'accès aux services de diagnostic et de traitement dont elles ont désespérément besoin.

Un plan de transition pour pérenniser le personnel de santé

Pour anticiper ce problème avant qu'il ne soit trop tard, le MSPP, en collaboration avec le projet de leadership en santé de l'USAID (HLP), a commencé à travailler pour absorber progressivement les agents de santé VIH précédemment payés par le PEPFAR dans le budget du gouvernement. Un plan de transition a été élaboré par le MSPP et le HLP pour soutenir le processus consistant à faire payer directement par le gouvernement haïtien les salaires de près de 5,000 2030 prestataires de soins de santé contre le VIH et agents de proximité communautaires payés par les donateurs d'ici 2020 (Source : Plan de transition, septembre XNUMX).

Afin de préserver le bien-être du personnel et d'assurer une transition harmonieuse dans tous les établissements, HLP a collaboré avec la Direction des Ressources Humaines du MSPP pour élaborer des lignes directrices sur la manière dont les services de santé devraient entamer ce processus. La première recommandation suggère de transférer simultanément tout le personnel financé par le PEPFAR au sein d'un même établissement. Cela garantit l'uniformité au sein du service. Deuxièmement, au lieu de transférer automatiquement le personnel, les services des RH devraient suivre leur processus de recrutement habituel et publier les offres d'emploi accompagnées de descriptions de poste précises. Ainsi, les établissements peuvent être assurés que les nouvelles recrues possèdent les compétences nécessaires pour bien faire leur travail et que le personnel de santé sait exactement ce que l'on attend de lui dès son embauche. Enfin, il est recommandé aux établissements de ne pas embaucher de personnes pour des postes spécifiques aux soins du VIH, mais plutôt de faire tourner tout le personnel qualifié sur différents postes. Le travail lié aux soins du VIH peut être physiquement et émotionnellement éprouvant, et la rotation du personnel contribue à une plus grande équité dans la répartition des tâches et permet aux services de partager équitablement la charge de travail.

Un récit édifiant

Le déploiement initial du plan de transition a rencontré des difficultés dans les services de santé qui n'ont pas suivi ces recommandations. Par exemple, dans les départements du Nord et du Nord-Est, les établissements n'ont pas assuré la rotation de tout le personnel dans les services, mais ont plutôt recruté le personnel de soins du VIH financé par le PEPFAR pour occuper uniquement les postes de soins du VIH. Cela est devenu un problème parce que le personnel de santé actuellement payé par le PEPFAR sont des contractuels à court terme et reçoivent des salaires légèrement plus élevés que leurs homologues qui sont des employés du gouvernement à plus long terme. Lorsque ces anciens contractuels acceptent des emplois gouvernementaux, ils sont payés dans la même échelle salariale que leurs collègues. Cela a laissé de nombreux membres du personnel de soins du VIH mécontents, car ils n'aimaient pas qu'on leur demande de faire le même travail pour un salaire inférieur. En conséquence, cinq des neuf membres du personnel qui ont fait la transition dans les départements du Nord et du Nord-Est ont refusé de travailler sur les activités de lutte contre le VIH sans incitations supplémentaires.

La rétention des travailleurs de la santé tout au long de cette phase de transition est cruciale. Les problèmes survenus dans les départements du Nord et du Nord-Est auraient pu être évités si ces établissements avaient suivi les directives et réparti équitablement les tâches entre le personnel.  

Une infirmière en Haïti portant un masque protecteur est assise à son bureau lors d'une consultation de gestion de cas de VIH. Une cliente dos à la caméra, assise sur une chaise à côté. Personnel du MOH pour HLP/MSH
Une infirmière mène une consultation de prise en charge des cas de VIH. Crédit photo : personnel du MOH pour HLP/MSH

Un modèle de réussite

Malgré les difficultés rencontrées dans certains établissements, ce plan peut être mis en œuvre avec succès si les mesures appropriées sont prises pour une gestion efficace du personnel. Le département du Sud-Est illustre parfaitement comment le respect des directives opérationnelles peut assurer une transition harmonieuse du personnel. Le Département sanitaire du Sud-Est (DSSE) a ainsi transféré avec succès 10 professionnels de santé de l'hôpital Saint-Michel de Jacmel (en milieu urbain), du centre de santé des Cayes Jacmel (en milieu moyen) et du centre de santé de Thiotte (en milieu rural).

Contrairement aux départements du Nord et du Nord-Est, la DSSE a effectué une rotation de son personnel dans tous les services. En outre, la DSSE a reconnu que le personnel assume une plus grande charge de travail lorsqu'il fournit des soins pour le VIH et a offert des incitations financières à tout le personnel lorsqu'il fait partie de ce service. Le financement de ces incitations supplémentaires provient actuellement du PEPFAR, mais la DSSE espère que le travail positif qu'ils font encouragera le MSPP à étendre son programme de financement basé sur les résultats à ses installations pour couvrir les coûts. Ce programme récompense les installations et le personnel qui atteignent les objectifs de performance fixés. Offrir ces incitatifs aide non seulement à retenir le personnel, mais envoie également le message que leur travail acharné est reconnu et apprécié.

Alors que le déploiement du plan de transition s'accélère, le département du Sud-Est est un bon modèle à suivre pour les autres départements. Le fait que cette approche ait réussi dans une gamme d'établissements, y compris un hôpital urbain, un centre de santé de taille moyenne et un centre de santé rural, montre que ce plan peut fonctionner de manière universelle. HLP partagera largement ces leçons afin que davantage d'installations puissent mettre en œuvre ce plan. Tout en aidant à résoudre un problème, cette transition représente également un pas en avant important dans la création d'un système de gestion financière stabilisé qui ne dépend pas du financement peu fiable des donateurs. À leur tour, ces systèmes de santé peuvent plus facilement recruter et retenir du personnel et se concentrer sur la fourniture aux Haïtiens de soins médicaux vitaux.

"L'absorption du personnel qui était auparavant payé par les agences des donateurs, spécifiquement pour le VIH, ne doit pas être considérée comme une intervention isolée mais comme une partie intégrante du plan de renforcement des effectifs pour la prise en charge de la population".

Mme Zita Dominique Paul, coordonnatrice des soins infirmiers de l'Hôpital Saint-Michel de Jacmel et l'un des personnels de santé transférés